Dans le cadre de la phase I du « projet de sécurisation des droits socio-économiques et environnementaux des populations de huit villages du département de la Haute Sanaga impactées par le BHLP » (Barrage Hydroéléctrique de Lom Pangar, DYPADEL aux côtés de son partenaire local SYLAD(Synergie Locale d’Appui au Développement) a mené des missions de terrain durant les mois de Juin et Juillet 2025 à l’effet d’écouter la voix des populations meurties et documenter les impacts négatifs de ce barrage sur les activités de pêche, agriculture, extraction du sable, l’environnement et le patrimoine culturel de ces communautés.
OBJECTIFS DES MISSIONS
Ces missions avaient pour objectif principal d’écouter les communautés, de recueillir leurs témoignages et de mieux comprendre les effets réels du barrage sur leur quotidien, plusieurs années après sa mise en service(2017).
Le barrage de Lom Pangar, infrastructure stratégique pour la régulation du fleuve Sanaga et la production énergétique au Cameroun, certes contribue au développement national, mais il a également généré des impacts socio-environnementaux significatifs sur les populations locales, qui jusqu’ici n’ont pas été pris en compte.
Une approche participative
Les descentes de terrain ont été menées suivant une approche participative et inclusive, favorisant le dialogue direct avec les chefs traditionnels, les pêcheurs, les sableurs, les femmes, les jeunes.
Des séances d’échanges communautaires, des discussions de groupe et des entretiens individuels ont permis aux populations d’exprimer librement :
- leurs préoccupations ;
- les difficultés rencontrées depuis la construction du barrage ;
- leurs attentes vis-à-vis des pouvoirs publics et des autres parties prenantes(EDC, les bailleurs de fonds).
Cette démarche a renforcé la confiance entre les communautés et les deux organisations à savoir DYPADEL et SYLAD, tout en mettant en lumière la nécessité d’une meilleure prise en compte des voix locales dans les processus décisionnels.
Les populations situées en aval de ce barrage n’ont pas été consultées dans le cadre de la construction de cet ouvrage de grande envergure. Aucune étude d’impact environnemetal et social n’a été réalisée conséquence, les communautés subissent au quotidien la mauvaise gestion des impacts par l’entreprise Electricity Development Corporation(EDC), promoteur et gestionnaire du barrage.
Des impacts environnementaux persistants
Les populations rencontrées ont unanimement relevé des changements notables de leur environnement naturel, notamment :
- la modification du régime hydrologique du fleuve ;
- la submersion de terres autrefois cultivables ;
- la dégradation des écosystèmes aquatiques avec pour conséquence l’apparition des hippopotammes;
- la diminution et la disparition de certaines espèces de poissons.
Ces transformations environnementales ont fragilisé l’équilibre écologique local et accru la vulnérabilité des communautés fortement dépendantes des ressources naturelles et surtout du fleuve Sanaga qui jadis était leur mamelle nouricière.
Une perturbation profonde des moyens de subsistance
Les échanges ont permis d’identifier des impacts directs sur les activités génératrices de revenus, essentielles à la survie des ménages :
- la pêche artisanale, devenue moins productive en raison de la raréfaction des ressources halieutiques ;
- l’extraction du sable, auparavant source importante de revenus, désormais limitée ou rendue dangereuse à cause des forts courants d’eau qui entrainent des morts par noyade;
- la vente de poissons, affectée par la baisse des captures et l’augmentation des coûts d’exploitation.
- La baisse de la fertilité des terres cultivables à cause des inondations;
- La destruction des cultures par des hippopotammes;
- La perte de l’identité culturelle à cause de la destruction des sites sacrés.
Ces perturbations ont entraîné une baisse significative des revenus, accentuant la précarité économique et sociale (apparition de nouvelles maladies et divorces au sein des ménages) des populations concernées.
Des droits socio-économiques fragilisés
Le désaroi est total les populations n’ont pas caché leur armetume vis à vis de EDC, du gouvernement camerounais et des bailleurs de fonds (les banques) qui ont contribué à la construction de ce barrage
Elles expriment un sentiment d’injustice et de marginalisation, estimant que les mesures d’accompagnement et de compensation promises restent largement inexistantes.
L’accès aux moyens de subsistance, à des alternatives économiques viables, à la terre et aux ressources naturelles constitue aujourd’hui un enjeu central de sécurisation des droits socio-économiques de ces communautés.
vers des actions de plaidoyer et des solutions durables
À travers ces descentes de terrain, nous avons mené des actions suivantes :
- Documenter de manière rigoureuse les impacts socio-économiques et environnementaux du barrage ;
- Renforcer les capacités des communautés à défendre leurs droits ;
- Produire une Briefing note, un film documentaire et des resportatges Tv, radio, presse écrite et cybernétique;
- Porter un plaidoyer constructif auprès des autorités compétentes, des gestionnaires du barrage et des bailleurs de fonds pour la réalisation d’un audit environnemental et social.
L’objectif final de ce plaidoyer est de contribuer à la mise en place de mesures correctives et de mécanismes de compensation équitables, favorisant un développement inclusif et respectueux des droits des populations locales.
QUE RETENIR?
Écouter, documenter et agir aux côtés des communautés constitue une étape essentielle pour garantir que les grands projets d’infrastructures ne se fassent pas au détriment des droits socio-économiques et du bien-être des populations locales.
Dans le cadre de ce projet des missions de terrain ont revélé un délitement social au sein des communautés. les impacts du barrage de Lom Pangar sur les populations riveraines demeurent une réalité préoccupante et il faut agir.
C’est dans cette optique que DYPADEL et SYLAD se sont engagées aux cotés des commuanutés affectées pour la recherche des solutions durables, justes et participatives. La Phase II de ce projet permettra d’atteindre ces résultats.
